Le retour de l’Esturgeon atlantique : pourquoi pas !
Publié par JM Bichain le 8 mai 2010
Rencontre avec les auteurs du Journal MalaCo : Vincent Prié 
Une grosse bête atteignant les 400 kg, qui remonte au printemps les rivières de France et qui fait des bonds de 2 m hors de l’eau lorsqu’il est content, de la science-fiction ? Non : la naturalité retrouvée !
Les travaux de Desse-Berset (2009) montrent que l’Esturgeon atlantique (Acipenser oxyrinchus) était présent en France probablement jusqu’au moyen-âge. Les causes de sa disparition restent obscures. Parallèlement, la Grande Mulette, le plus gros invertébré continental d’Europe, s’éteint lentement par manque de poisson-hôte . On pense que son hôte intermédiaire serait principalement l’Esturgeon d’Europe (Acipenser sturio). Mais aujourd’hui, malgré les efforts mis en œuvre par le CEMAGREFF, l’Esturgeon européen peine à retrouver les rivières de France. L’Esturgeon atlantique en revanche est en bonne santé de l’autre côté de la mer, aux États-Unis. Alors pourquoi pas restaurer la fonctionnalité des écosystèmes en réintroduisant ce poisson mythique dans la Loire ou dans la Charente ? Et sauver de l’extinction les dernières Grandes Mulettes, nos grand-mères des rivières dont l’âge atteint les 150 ans mais qui ne produisent plus de jeunes, orphelines de leurs poissons-hôtes ?
Allez, un bon geste pour nos rivières, osons la réintroduction de l’Esturgeon atlantique, effaçons ces barrages qui cloisonnent la mer et la rivière et retrouvons des rivières sauvages où, à l’ombre d’un saule centenaire, le pêcheur aura le plaisir de voir surgir des eaux troubles le maitre des lieux, un poisson de près d’un quintal, qui exhibera sa vitalité dans un bond majestueux pour nous rappeler que la nature est généreuse !
Pour en savoir plus :
Prié, V. & Cochet, G. sous presse. Restaurer les fonctionnalités des écosystèmes : Proposition pour la réintroduction de l’esturgeon de l’Atlantique Acipenser oxyrinchus Mitchill, 1815 (Pisces, Acipenseridae) pour sauver la grande mulette Margaritifera auricularia (Spengler, 1793) (Mollusca, Bivalvia, Margaritiferidae) de l’extinction. MalaCo, 6 : 8 pp. [pdf 1 Mo]
Écouter l’émission avec V. Prié et M.-O. Monchicourt sur France-Info (20/01/2010)
[Audio http://www.assoc-caracol.org/documents/franceinfo_20100201.mp3]
Dialoguer avec les auteurs de cet article en adressant ici vos commentaires.

Guillaume a dit
Il est évident que la situation de la grande mulette est des plus préoccupantes et que toutes les actions bénéfiques pour elles doivent être entreprises.
Cependant, l’idée de réintroduire l’esturgeon de l’Atlantique Acipenser oxyrinchus est me semble t’il un peu limite. Cette espèce aurait disparu “naturellement” de notre région vers le moyen age. Nous ne connaissons donc pas précieusement les raisons de sa disparition.
A l’époque, l’exploitation des granulats, la présence de barrage et la surpêche (facteurs principaux responsables de la disparition de l’esturgeon européen) n’existaient pas (ou très peu).
Il n’y a donc aucune raison pour que sa réintroduction marche.
Vincent Prié a dit
C’est vrai. C’est le principal obstacle de la démarche, nous ignorons les causes de disparition de l’Esturgeon atlantique. Et il n’est pas gagné que ces causes aient “cessées” !
Toutefois, si nous sommes certains qu’il était présent jusqu’à au moins 200 après JC, nous ne savons pas exactement quand il s’est éteint. La distinction entre les deux espèces (A. sturio et A. oxyrinchus) est quasiment impossible sur des critères uniquement morphologiques. Je crois par exemple (à vérifier) que l’identification de A. oxyrinchus dans la baltique a été faite a posteriori, après son extinction. Il reste tout à fait possible que cette espèce se soit éteinte finalement très récemment, et que les activités humaines (surpêche notamment) soient bien la cause de sa disparition. Il a pu être plus sensible que. sturio à nous activités.
Il reste des stocks importants d’oxyrinchus outre atlantique, cette tentative de réintroduction ne met pas en péril ces populations. A cela s’ajoute la communication autour des rivières, de leur fonctionnement, les moyens de gestions qui pourraient être mis en œuvre et seraient favorable à tout l’écosystème (effacement des barrages, gestion des activités halieutique…) et au final le ressenti des gens par rapport à leur rivière : retour de la mégafaune, aspect mystérieux de ces eaux calmes d’où peut à tout instant surgir le colosse… Tous ces aspects me convainquent qu’il serait bon aujourd’hui de tenter l’expérience.
Mais bien sûr, ceci doit être discuté à grande échelle, il ne s’agit en aucun cas de prendre une initiative isolée.
Juste un plaidoyer, une première pierre à l’édifice…
Romuald a dit
Réintroduire A. oxyrinchus veut il dire que le retour de A. sturio est très fortement compromis, ou bien même impossible ? Dans ce cas la réintroduction de ce premier est-elle réélement moins “problématique” ou plus facile ? Ces deux esturgeons sont ils vraiment les seuls hôtes possible à la Grande mulette sur le bassin de la Loire ou de la Charente ? Où en est l’état des recherches à ce sujet ?
Vincent Prié a dit
Le retour de A. sturio n’est pas compromis, des dizaines de milliers d’alevins ont déjà été relâchés, mais très lent : un esturgeon doit avoir une quizaine d’années pour être en mesure de se reproduire, donc pour remonter dans les rivières. Compte-tenu du phénomène de homing, il est probable que l’essentiel des premiers retours se fasse dans les bassins Dordogne – Garonne. Donc les grandes Mulettes du bassin de la Loire ou de la Charente devront vraisemblablement attendre encore plus longtemps. La réintroduction de A. oxyrhinchus est plus facile parce que les stocks sont importants, que des processus sont déjà en cours en Allemagne, que son élevage est bien documenté…
Et puis finalement pourquoi tergiverser quand on sait que l’espèce était présente il y a peu et faisait partie intégrante de l’écosystème? A l’échelle des temps biologiques, rien n’a changé depuis sa disparition. C’est donc une réintroduction comme une autre qui est proposée ici. As-t-on attendu d’avoir un argumentaire bétonné sur les fonctionnalités pour réintroduire des vautours ou des gypaètes ?